Terme à toutes les sauces Les expressions ont des cycles de vie, comme les organismes vivants et les projets. Elles connaissent des périodes de gestation, de maturité et de déclin de durées très variables. Il en est ainsi pour l'expression "aide à la décision". D'abord utilisée par un petit groupe de spécialistes depuis un trentaine d'années, elle connaît aujourd'hui un succès certain, au point de recouvrir des idées fort disparates. Ceci mérite un rapide tour d'horizon. Premier exemple, on l'utilise parfois à la place de « recherche opérationnelle » (RO), expression qui a connu son heure de gloire jusque dans les années 80, mais qui présente de nos jours un petit caractère désuet. Cette appropriation est assez amusante, dans la mesure oł l'aide à la décision a justement été développée en réaction aux excès de la RO, notamment quant à la distance croissante entre les solutions proposées et les besoins des décideurs. L'expression "aide à la décision" a également été forgée pour se distancier de l'anglais "decision making", qui crée une confusion entre le processus de décision qui se déroule effectivement et l'activité d'aide qui peut éventuellement lui être associée. Autre exemple, plus récent, dans le domaine de l'exploitation des bases de données. L'expression anglaise "data mining" exprime bien l'activité consistant à extraire de ces bases les données pertinentes, de manière à fournir à l'utilisateur une information synthétique utile pour ses choix. Pour des raisons de marketing, on utilise l'expression "aide à la décision", ce qui peut paraître excessif, vu que cette information n'est pas toujours suffisamment structurée pour éclairer des choix. L'expression "aide à la décision" recouvre donc des méthodes, logiciels et outils fort différents. Il est inutile de pleurer sur cet état de fait, ni de chercher à se prévaloir d'une quelconque antériorité. Tout au plus, il convient d'attirer l'attention de l'utilisateur potentiel des différentes significations que recouvre cette expression, et de l'aider à décider de quelle "aide à la décision" il a besoin ! PS : La prospective est aussi une aide à la décision (Sciences humaines, mars - mai 2000). |